Les distorsions identitaires: nos souffrances intérieures

À de trop nombreuses occasions, nous souffrons de nous-mêmes. Et quelle en est la cause? Le fait que nous interprétons mal les événements qui sont liés à ce que nous sommes. Ce sont des distorsions identitaires. Il ne faut pas nous leurrer, ce que nous pensons de nous-mêmes n’est pas toujours vrai! Les distorsions identitaires ne sont rien de moins que des distorsions ou dissonances cognitives qui, de diverses façons, s’attaquent à notre en déformant les croyances que nous entretenons à notre sujet.

Nos distorsions identitaires occasionnent de nombreuses insatisfactions personnelles. Elles nous font réagir de manière conflictuelle et destructrice à travers la rancune, l’amertume ou la susceptibilité, par exemple.

De plus, ces distorsions sont extrêmement difficiles à corriger car elles sont directement liées à notre identité. En effet, modifier partie erronée de la vision de nous-mêmes équivaut un peu à nier ce que nous sommes, ce que nous croyons être.

Les distorsions identitaires : nos souffrances intérieures (infographie)

Les distorsions identitaires : nos souffrances intérieures (infographie)

Nous entretenons nos distorsions identitaires

Qu’est-ce qui nous prédispose à souffrir de distorsions identitaires?

  • Renforcer nos croyances
    La tendance à concentrer notre attention sur les informations qui prouvent ce que nous croyons déjà de nous-mêmes. Par exemple, une personne qui manque d’estime de soi porte attention aux événements qui lui font croire qu’elle ne vaut rien.
  • Résistance au changement
    Les informations qui constituent l’identité sont résistantes au changement.
  • Difficultés à se corriger
    Il est plus facile d’entretenir nos croyances, même lorsqu’elles sont fausses, plutôt que de les réviser. Il est donc plus difficile de corriger nos erreurs et d’aborder différemment nos problèmes.
  • Démotivation
    Il semble plus facile de se décourager que de se motiver devant les défis et les difficultés.
  • Penser à court terme
    Nous tendons davantage à satisfaire rapidement nos désirs plutôt qu’à rechercher des gains supplémentaires à plus long terme, comme le travail sur soi. Autrement dit, nous pensons plus facilement à court terme qu’à long terme.
  • Agressivité et réaction
    Lorsque nous nous sentons lésés, nous sommes plus prompts à devenir agressifs et à nous refermer qu’à nous ouvrir et à rechercher des solutions.

Comment entretenons-nous nos problèmes identitaires?

  • Formuler nos problèmes incorrectement
    Par exemple, au lieu de formuler un sentiment de rejet ainsi « Que puis-je faire pour que les gens m’acceptent? », on peut se dire « Les gens ne sont pas obligés de toujours m’apprécier ».
  • Répéter sans cesse les mêmes solutions inefficaces
    Par exemple, au lieu de toujours se demander ce que nous pouvons faire pour impressionner les autre, on peut se dire « Je me sentirai bien mieux si je reste authentique, même si je n’impressionne personne ».
  • Vouloir confirmer nos hypothèses invalides
    Un exemple de fausse hypothèse consisterait à croire que les gens nous rejetteront parce que nous sommes indignes d’être appréciés. Ils nous rejetteront surtout si nous adoptons des attitudes désagréables.

Démasquer nos distorsions identitaires

Les explications fallacieuses qui justifient les déséquilibres

Nous avons tous tendance à protéger notre identité et à justifier nos actions. Mais nous omettons souvent de considérer que nous sommes responsables de nos problèmes, du moins en partie. Cette tendance nous garde inconscients des ressources dont nous disposons pour endiguer notre souffrance.

Nos processus cognitifs nous portent aussi à confirmer nos hypothèses. Nous sélectionnons donc les informations qui soutiennent nos croyances et nous ignorons celles qui les réfutent. Par exemple, si je suis déjà convaincu que je ne possède pas de valeur personnelle, je me concentrerai sur mes échecs et j’ignorerai complètement mes succès. Pourtant, le souvenir de mes réussites contredirait la vision erronée de moi-même.

Les conclusions arbitraires

Lorsque nous expliquons les événements quotidiens, nous omettons souvent de réviser nos interprétations à la lumière des faits réels. Par exemple, Brigitte procède de cette manière lorsqu’elle vit un échec et qu’elle conclut qu’elle ne réussira rien de bon. Elle utilise contre elle-même des distorsions ou dissonances cognitives. Il y a d’abord la généralisation qui lui fait croire que son échec signifie qu’elle ne réussira jamais. Il y a ensuite les fausses relations de cause à effet. Brigitte se dit que parce qu’elle a vécu un échec (cause), elle est condamnée à échouer continuellement (effet).

À la place de conclure au pire, comme Brigitte, vous gagnez davantage à toujours rechercher plus d’informations, à enrichir vos interprétations. Vous apprendrez ainsi à mieux vous connaître et vous trouverez des preuves bien réelles que vous pouvez réussir ce que vous entreprenez.

Les conclusions simplistes

Il existe d’autres manières de refuser d’apprendre et de se fermer à la nouveauté. C’est ce qui se produit lorsque nous formulons des conclusions absolues et simplistes. Par exemple, si Isabelle doit toujours réussir avec brio tout ce qu’elle entreprend, elle sera anxieuse à la seule idée d’échouer. Cette appréhension la convaincra peut-être ne pas se risquer à entreprendre de nouvelles activités. Car on ne peut pas échouer ce que l’on ne fait pas.

Ces conclusions simplistes prennent aussi la forme de pensées « magiques » dont la signification est proprement irrationnelle. Par exemple, il est un peu sommaire de dire « Je ne l’ai pas rappelé parce que j’avais l’impression que je l’aurais dérangé », car nous ne disposons d’aucune preuve tangible. Cette une raison insuffisante pour refuser d’appeler une personne, surtout quand nous avons une bonne raison de la faire.

Les raisonnements circulaires

La manière dont nous raisonnons nous empêche parfois tout simplement de réfléchir. C’est le cas des raisonnements circulaires. Ce sont des raisonnements qui se prennent eux-mêmes pour objet! Par exemple, Lise affirme qu’elle ne peut pas réussir une activité qu’elle n’a jamais réalisée simplement parce qu’elle ne l’a jamais réalisée.

Elle s’enferme ainsi dans une impasse qu’elle a elle-même créée! Tant que Lise ne sort pas de son raisonnement circulaire, elle se coupe de toute possibilité d’apprendre et se confine à sa conclusion fallacieuse tout en la renforçant.

Se convaincre soi-même

Nous utilisons fréquemment la sélection d’informations pour nous convaincre nous-mêmes et attribuer des causes erronées à nos problèmes. Nous devenons ainsi prisonniers de nos propres convictions, car nous recherchons seulement les informations qui les corroborent.

Les pensées déprimantes suscitent d’ailleurs ce genre de sentiment d’emprisonnement. Elles nourrissent la conviction que nous ne pouvons rien accomplir, ce qui entretient un contexte de vie stérile. Il se produit le même phénomène avec l’envie. La personne ou la situation que nous envions nous donne l’impression d’être inférieurs parce que nous estimons que nous devrions être autrement. Nous concluons à un manque de valeur ou de capacités de notre part.

La sélection d’informations concentre notre attention sur ce que nous ne sommes pas. Elle nous condamne à la tristesse et à la stagnation au lieu de nous motiver à agir et à nous dépasser. À la place, nous pouvons accepter notre identité et tenter de nous améliorer dans les limites de ce que nous sommes vraiment.

L’anticipation de fausses menaces

Il est normal de réagir avec intensité pour se protéger des expériences désagréables. Mais il devient absolument inadapté de réagir de la même manière lorsque les menaces ne sont pas réelles.

Si l’imagination nous permet de créer de splendides œuvres d’art et de régler des problèmes presque insolubles, elle nous fait également concevoir le pire même lorsqu’il n’existe pas! Et les comme l’anxiété que suscitent nos fantasmes sont parfois plus fortes et d’une durée plus longue que lorsque les menaces sont bien réelles.

À la suite de divers incidents fâcheux, nous développons parfois sans le savoir la peur d’être brimés, agressés ou humiliés. Nous nous effrayons de diverses situations sans même qu’elles ne se produisent. Nous surestimons aussi les risques que des désastres surviennent, même lorsqu’ils semblent absolument irréalistes.

Les personnes anxieuses croient qu’il est parfaitement normal et plausible que des catastrophes se produisent. Elles supportent cette croyance à l’aide d’explications bancales. Et lorsque les événements anticipés ne se produisent pas, cela n’effrite pas leurs convictions pour autant. « Il ne s’agit que d’une chance passagère », se disent-elles!

L’égocentrisme

L’égocentrisme consiste à privilégier son avantage personnel au détriment de celui de la collectivité. Au niveau biologique, cette attitude est normale puisque nous visons d’abord à survivre et à subvenir à nos besoins. Mais l’égocentrisme devient nuisible lorsqu’il se systématise et nous fait pratiquement ignorer l’existence des autres. Cette distorsion identitaire tend à nous faire interpréter les événements comme si le monde tournait autour de notre personne, comme si tous les événements devaient répondre à nos désirs!

Pourtant, nous avons tout avantage à accepter que les événements se déroulent indépendamment de nos intérêts, que les autres agissent selon leurs propres valeurs. Cela nous aide à nous adapter et à améliorer nos conditions de vie. Ainsi, lorsque nous constatons que la poursuite de nos fins nuit au bonheur des autres, nous pouvons élargir notre point de vue. Car nous obtenons toujours plus d’avantages à collaborer et à apprendre des autres qu’à rechercher seulement notre avantage individuel.

Les fausses croyances sur nous-mêmes et sur la vie

L’être humain possède la tendance naturelle à prendre ses désirs pour des absolus, à voir ses conclusions comme des certitudes. Par exemple, il est normal de vouloir que les autres nous acceptent et nous apprécient. Ce sentiment d’inclusion est garant de bonheur. Mais il est excessif de croire que les autres doivent toujours nous aimer et que nous serons profondément malheureux si ce n’est pas le cas! Ce sont des fausses croyances au sujet de nous-mêmes et de la vie.

Qui sommes-nous?

Qui sommes-nous?

La compétence et l’appréciation à tout prix

Nous désirons profondément être appréciés et approuvés des autres et nous cherchons à voir notre valeur reconnue. Les problèmes surgissent lorsque ces désirs prennent la forme d’absolus. Les énoncés suivants vous en fournissent quelques exemples.

  • Je dois absolument être adéquat et compétent dans tout ce que je fais.
  • Ma valeur personnelle correspond à ce que j’accomplis dans la vie.
  • Les autres ne m’accorderont de la valeur que si je les impressionne par mes accomplissements.
  • La réussite de ceux que je côtoie fait ombrage à ma valeur.
  • Pour mériter d’être considéré, je dois réussir tout ce que j’entreprends.
  • Si j’admets que j’ai fait une erreur, cela revient à affirmer que je suis faible et médiocre.
  • Les personnes que je fréquente doivent toujours m’apprécier et m’approuver.
  • Il est horrible et insoutenable de ne pas réussir.

Ces croyances despotiques prennent souvent toute la place et s’attaquent directement à notre identité. Elles engendrent différents troubles, allant du manque d’estime de soi et de motivation jusqu’à l’agressivité, l’anxiété et même la dépression.

Se faire traiter comme on le souhaite

Les relations interpersonnelles nourrissent une part très importante de notre identité. Il est normal que nous prêtions aux autres nos valeurs, nos croyances et notre vision du monde. Il est également normal de préférer que les autres nous traitent avec considération, ouverture et déférence.

Malheureusement, ces désirs peuvent prendre une tournure trop idéale et nous causer quelques soucis. Il s’agit de pensées absolues qui pervertissent notre vision de nous-mêmes et de la vie. Voici quelques exemples de la forme qu’elles peuvent prendre :

  • Les autres doivent toujours me porter suffisamment d’attention.
  • Les autres doivent toujours me traiter avec l’estime que je mérite.
  • Les autres doivent toujours être d’accord avec moi.
  • Les autres doivent faire attention à moi et me comprendre.
  • Je ne vaux rien si je ne suis pas toujours apprécié par les autres.
  • Si les autres me critiquent, c’est qu’ils me rejettent et me déprécient.

Obtenir ce que l’on désire

Nous tentons habituellement de répondre à nos besoins d’une manière efficace et rapide. Malheureusement, ce profond désir d’obtenir tout ce que nous souhaitons se mue souvent en une série de croyances irréalistes qui nuisent à notre bien-être. Voici quelques exemples de ces distorsions :

  • Je dois absolument obtenir ce que je désire.
  • Mes activités et mon contexte de vie doivent être ordonnés et je dois les contrôler comme je le veux.
  • Je dois subvenir à mes besoins facilement et rapidement sans avoir à fournir trop d’efforts.
  • Les personnes qui prennent des décisions sont fortes et possèdent de la valeur tandis que les autres sont fainéantes et minables.
  • Mon point de vue est le seul valable; lorsque le point de vue des autres diverge du mien, c’est qu’ils se trompent.
  • Si je cède au désir des autres, c’est que je suis faible et sans valeur.
  • Les autres essaient continuellement de me contrôler et je ne dois pas les laisser faire.

La susceptibilité : être réactif et défensif

Il est tout à fait normal de défendre l’intégrité de notre identité. Le problème, c’est que nous revendiquons même les facettes néfastes de notre personnalité et nous nous fermons à la possibilité de les réviser. Autrement dit, nous réussissons habituellement de nous faire critiquer, même quand les autres ont raison.

Cette attitude nous nuit et suscite souvent des conflits. Lorsque notre identité souffre d’un déséquilibre, nous doutons de notre valeur et nos émotions sont facilement sollicitées. Cet état nous fait réagir avec agressivité et nous empêche de tenir compte des informations plus valides qui rééquilibreraient ce que nous pensons de nous-mêmes.

Ainsi, lorsque nous constatons que certaines de nos attitudes sont néfastes, nous tendons habituellement à les défendre et à les nier au lieu d’essayer de nous améliorer. Et nous employons les moyens de défense les plus divers pour y parvenir : justifications, dénie de nos attributs négatifs, agressivité, etc.

Ces dispositifs engendrent plusieurs conséquences désastreuses, qui vont de la dépression au rejet social. Tout cela n’entretient guère notre état de bien-être. Un remède à cette tendance réactive consiste donc à cesser de nous évaluer négativement. De toute manière, qui peut prétendre déterminer la valeur entière d’une personne?

Trop concentrer son attention sur soi-même

Les personnes déprimées concentrent davantage leur attention sur elles-mêmes. Cela joue un rôle fondamental dans le développement de leur état dépressif. Mais de quel genre de concentration s’agit-il? Cela consiste simplement à porter une attention dépréciative sur soi-même : « Suis-je à la hauteur? » ou « Qu’est-ce que les autres vont penser de moi? »

Pourtant, la tendance à se concentrer sur nous-mêmes ne découle pas d’une intention malsaine de notre part. La plupart du temps, nous ne sommes pas conscients de cette attention et nous pouvons difficilement évaluer ses conséquences fâcheuses. Ces pensées dévalorisantes renforcent l’association entre notre identité et des caractéristiques négatives. Des conclusions comme « Je n’ai aucune valeur » ou « Je ne peux rien réussir » en sont de bons exemples.

Si vous avez l’habitude de concentrer excessivement votre attention sur vous-mêmes, changez-vous les idées! Rencontrez des amis, faites de nouvelles activités, car cela vous aidera à ne pas vous concentrer négativement sur votre identité. De cette manière, vous minimiserez progressivement les occasions où vous vous dépréciez, vous cesserez d’interpréter négativement votre vie et votre futur.

Quelques conséquences des distorsions identitaires

Selon nos expériences et notre manière de les interpréter, nous avons développé une identité plus ou moins riche, plus ou moins équilibrée. Notre degré de bien-être découle beaucoup de ces informations. Car toutes les croyances erronées à notre sujet occasionnent des effets négatifs.

En voici plusieurs exemples :

  • Nous nous comparons constamment aux autres.
  • Notre opinion sur nous-mêmes dépend de l’opinion des autres.
  • Nous manquons de constance dans notre manière de nous percevoir et de nous définir.
  • Nous manquons de confiance et d’estime de soi.
  • Nous sommes incapables de considérer le point de vue des autres.
  • Nous réagissons avec impatience à différentes situations.

Pour favoriser notre bien-être, nous devons donc améliorer la validité des différentes facettes de notre identité qui ont intégré des distorsions. Il s’agit de réaménager positivement le sens de notre vision de soi.

Briser nos distorsions identitaires en 8 points

  • Cesser de nous évaluer négativement
  • Entretenir des attentes réalistes
  • Ne pas trop exiger des autres
  • Entretenir une opinion juste des autres
  • Demeurer ouvert aux autres et aux opinions nouvelles
  • Ne pas nourrir nos peurs et nos préjugés
  • Rechercher le plus d’informations possible avant de conclure
  • Faire de nouvelles activités, rencontrer d’autres gens

Bibliothèque

Vidéos

Autres ressources

https://fr.wikipedia.org/wiki/Identit%C3%A9_%28sciences_sociales%29

http://www.yrub.com/psycho/psyid01.htm

http://www.scienceshumaines.com/identite-des-conflits-identitaires-a-la-recherche-de-soi_fr_12390.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Identit%C3%A9_personnelle

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Author: Nicolas Sarrasin

Nicolas Sarrasin est l'auteur de plusieurs livres de psychologie et de développement personnel dont il offre maintenant l’ensemble du contenu gratuitement sur son site. Obtenez son ebook (pdf de 60 pages) et son programme "Objectif Développement", tous deux gratuits, à partir de cette page: www.nicolassarrasin.com/ressources.

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