Le Chanteur de l’eau – Extrait – 2


 

Par _90e1b449_, écrivaine, journaliste et animatrice

[…]

Au sortir de cette vision, Eau-Pâle éprouva un profond malaise. Quel était ce futur qui faisait pleurer les rivières et les noyait à même leurs eaux transformées en poison ? Comment avertir les êtres d'un monde à venir qu' catastrophe surviendrait et qu'elle proviendrait de mains humaines ?

La femme médecin éteignit le feu et se dirigea prestement vers la rivière. La nuit serait parfaite pour fusionner avec l'eau. Les pépites d'étoiles mythifiaient la grande voûte céleste et la lune brillait dans sa robe de soie blanche, telle une mariée à la noce. Le vent du sud réchauffait agréablement l'atmosphère tandis qu'une légère brume d'humidité s'élevait, çà et là, enveloppant de mystère ce fabuleux paysage.

Eau-Pâle retira sa tunique de daim et la déposa sur une pierre avant de s'enfoncer dans l'onde sacrée. L'eau particulièrement glaciale épousa ses contours et, pendant un instant, elle s'abandonna au froid réfrigérant son corps entier. Petit à petit, elle s'accoutuma à cette intensité mordante et au bout de quelques minutes, l'indienne entra dans la voie peu commune des anciens : l'unification.

Les yeux tournés vers l'intérieur, Eau-Pâle récita une prière à l'adresse de l'Esprit et sollicita son accord pour entrer en union avec l'onde. Jamais elle n'enfreignait cette loi fondamentale de la requête préliminaire. Forcer la porte d'une âme, peu importe laquelle, correspondait non seulement à un sacrilège, mais à une grave atteinte à la liberté même de la vie intime de toute essence vivante. Si parfois le Grand Souffle lui refusait l'accès au monde lumineux, elle s'inclinait sans protester devant son autorité suprême.

L'Amérindienne parlait rarement avec l'Esprit de l'eau. L'échange d'informations s'effectuait plutôt à partir de perceptions subtiles ressenties intérieurement, ainsi que par des images émergeant à la porte de sa conscience. Comme si un écran, jusqu'alors fermé, s'ouvrait pour projeter des réalités nouvelles, différentes.

Eau-Pâle entendit soudain un chant unique s'élever, provenant de la vibration intelligente de l'eau. La lumière diffuse, émanant de l'astre de la nuit, se mêlait à cette féerie de sons uniques, enluminant discrètement le visage de la nature onduleuse et inspiratrice. Dans cette douce béatitude, Eau-Pâle se confondit en remerciements, louanges bien pauvres en comparaison de l'étendue d' que lui offrait la rivière généreuse.

[…]

Author: Marilou Brousseau

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