Richard Bach, un ermite prolifique

Richard Bach – Un ermite prolifique – 1

Par Marilou Brousseau, écrivaine, journaliste et animatrice

Version intégrale du texte parue dans le Magazine VIVRE, avril-mai 2004.

Il fait voler un goéland plus vite et plus haut que ses pairs, il tente d’évaporer les nuages par la pensée, il voyage dans les vies parallèles, il avale des étoiles, il croit en une civilisation sans haine, sans crime et sans guerre, et surtout, il aide des milliers de gens à se libérer de leurs illusions et fuir leur sécurité.

Peut-être ne connaissez-vous pas cet écrivain exceptionnel, Richard Bach, qui a entraîné toute une génération dans le sillon lumineux de Jonathan Livingston le Goéland, du Messie récalcitrant, de l’âme sœur… Laissez-moi vous raconter une histoire.

Entre la terre et le ciel

Il était une fois un jeune garçon, Dickie, surnom affectueux pour Richard, vivant dans une famille modeste de l’Arizona. Le ciel représente son lieu d’évasion et les avions, son aire de jeux. Sous l’aile affectueuse de son frère Bobby, il grandit joyeusement, jusqu’au jour où ce dernier meurt de la leucémie.

Cet événement marquant s’inscrira de manière indélébile dans la mémoire du gamin, même si le souvenir conscient de cette perte lui fera faux bond pendant de nombreuses années. Un jour, le jeune Dickie (son enfant intérieur) se pointe à la porte de l’adulte Richard et réclame son besoin d’être vu et entendu. Il ne veut surtout pas passer «un demi-siècle à tenter de distinguer la vérité du mensonge, comme le font bien des adultes».

Alors, commence l’aventure extraordinaire d’un voyage dans le temps où les frontières sont abolies au profit d’une communication directe entre deux époques. Voyage où l’enfant en lui reprend sa véritable place : celle intemporelle, mais toujours présente malgré l’amnésie temporaire.

Échec et mat à la pensée cartésienne

Dans son nouveau livre Fuir sa sécurité, publié aux Éditions Un monde différent, Richard Bach réussit un autre coup de maître, un échec et mat à la pensée cartésienne, en nous entraînant dans les coulisses d’un monde où l’imaginaire occupe une place prépondérante.

Tel un parapentiste qui fuit la terre ferme du connu pour s’élancer d’un versant montagneux vers le vide, il nous enseigne à lâcher prise et à avancer avec courage vers l’inconnu. Enfin, affranchis de nos peurs et de nos fausses croyances, nous pouvons goûter au cadeau ultime de cette envolée : la liberté de l’esprit.

Cet écrivain prolifique, qui vit dans le nord-ouest des États-Unis, demeure toujours un amoureux inconditionnel des avions J’ai eu le privilège de le rencontrer l’automne dernier et un échange extraordinaire s’ensuivit…

Q : Vous dites dans votre récent livre : « Chaque pas dans toute vie fière est un pas qui nous éloigne de la sécurité pour nous plonger dans la pénombre, et la seule chose à laquelle on peut se fier, c’est ce qu’on croit être vrai. » Comment pouvons-nous différencier la réalité de l’illusion si nous ne savons pas au départ que nous vivons dans le rêve ?

R: Nous ne pouvons pas. Nous ne voulons pas savoir que nous vivons dans l’illusion. Si nous comprenions que tout est miroir et jeux, nous ne prendrions pas le monde des apparences avec autant de gravité. En ce moment, nous accordons beaucoup d’importance à notre apparence. Dans les rares moments où nous désirons vraiment dissocier les apparences de la réalité, un simple test pourrait nous éclairer : si l’illusion possède des molécules, elle n’est pas réelle.

Q : Lorsque nous apprenons la mort d’un être cher, pourquoi sommes-nous incapables d’accepter l’idée que le monde des apparences est temporaire ?

R : Nous abandonnons notre croyance au monde des apparences non pas lorsqu’une personne meurt, mais bien lorsque nous mourons. La « mort » est un mot que nous utilisons comme porte de sortie à notre petit théâtre, et la « naissance », un autre mot que nous employons comme porte d’entrée. À n’importe quel moment, sans avoir à mourir, nous pouvons cesser de croire au film et changer notre perception de la vie. Nous n’avons qu’à proclamer notre vraie nature, peu importent les apparences. De toute façon, qu’est-ce qui est préférable ? Croire au temps et à l’illusion afin d’assimiler des leçons, ou apprendre à se libérer du temps et de l’illusion ? Beaucoup d’entre nous sont heureux avec les leçons telles qu’elles se présentent à nous. Nous apprenons assez bien merci de ces tests sans avoir à démantibuler le théâtre. Si nous n’avions rien à apprendre ici, dans le temps et l’illusion, nous ne nous donnerions pas la peine de payer le prix du voyage.

Q : Pourquoi expérimentons-nous la croyance du temps ?

R : La vérité, je crois, c’est que le temps n’existe pas. Nous expérimentons la croyance du temps de manière à ce qu’elle ait du sens pour nous. Par exemple, une heure pour un colibri est largement plus vaste que pour une pomme de pin. Abandonnons notre consentement à la notion du temps, et l’espace disparaît aussitôt. Ce qui demeure, c’est la croyance du « Ici et Maintenant». Nous sommes des créatures infinies dotées de vie et de lumière. Notre maison se situe très loin derrière l’espace-temps, et peu importe ce que nous choisissons de croire, nous nous y trouvons en ce moment.

Q : La mort, pour vous, n’est donc pas une séparation ?

R : Non, elle ne l’est pas. La mort dans l’espace-temps n’est pas plus réelle que la vie dans l’espace-temps. De plus, l’idée de la séparation implique toujours la notion de chagrin. Cette affliction représente ni plus ni moins qu’un plongeon dans l’attendrissement sur soi-même. Lorsque nous émergeons de notre chagrin, nous ne sommes pas pour autant guéris et en plus, nous sommes complètement trempés et transis. Certains disent que le chagrin est plus sain que le jus de carottes. Si nous saisissions vraiment ce qu’est la mort, nous ne pleurerions pas. Pourquoi s’attrister pour quelqu’un qui n’est pas mort ? Ce que nous pleurons réellement, c’est le souvenir de l’autre, sa présence auprès de nous.

Q : Alors, qu’est-ce que la vie ?

R : La vie n’est qu’un jeu. Un grand échiquier. Nous avançons, nous reculons, nous valsons avec d’autres pièces, nous tombons, nous prenons de nouvelles routes, nous sortons du jeu, nous revenons pour une nouvelle partie. Nous ne connaissons jamais la fin de notre jeu tant que nous ne sommes pas rendus à son terme. Plus nous sommes absorbés par la partie que nous jouons, plus la perte d’un pion devient une tragédie, mais seulement pour le joueur. Quand la partie est terminée, nous nous souvenons qu’il ne s’agissait que d’un jeu. Une tragédie ne peut exister que par notre proximité au jeu. Et plus nous sommes près du jeu, plus nous devenons amnésiques. Lorsque la mort survient autour de nous, plusieurs vivent un grand bouleversement intérieur. Mais la personne décédée n’a fait que traverser une porte. Lorsque vous passez dans une autre pièce de la maison, y a-t-il quelqu’un qui pleure derrière vous ?

Q : Quelle serait la question à se poser après une épreuve ?

R : Nous devrions nous poser la question suivante : « Avec quelle efficacité, cette fois-ci, ai-je exprimé mon amour ? »

Q : L’amour demeure donc le but ultime de toute vie ?

R: Le monde, ce terrain de jeux dans lequel nous avons choisi de vivre et d’évoluer, existe parce qu’un jour nous avons consenti entièrement à sa manifestation. Notre mission à chacun d’entre nous est de faire rayonner l’amour de la manière qui nous convient le mieux. Et surtout, de comprendre que la personne que nous avons tant cherchée à l’extérieur pour assurer notre bonheur, cet Être magique et ce «transformeur d’âmes», sera toujours dans le reflet que nous renvoie notre miroir : nous et les masques que nous avons modelés ensemble.

Un concerto en « Vie » majeur

Par ses mots et notre long entretien, Richard Bach m’a appris que la vie est un grand concerto. Nous avons tous consenti à jouer notre part peu importe les instruments choisis : la joie, l’amour, la haine, la peur, l’harmonie…

Les bonnes comme les fausses notes font partie de cette œuvre gigantesque et c’est en parallèle que nous avançons tous, quelles que soient nos décisions du moment. Nous pouvons trébucher, tomber, arrêter, peiner, questionner, avancer de nouveau, le but du voyage demeurera toujours le même, éternellement inchangé : retrouver et vivre l’AMOUR.

Author: Marilou Brousseau

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