Distorsion ou dissonance cognitive en 15 points

Que sont les distorsions ou dissonances cognitives?

Généralement, nous pourrions définir les distorsions ou dissonances ou dissonances cognitives comme un traitement incorrect des informations dont nous disposons. Ces pensées tordues nous mènent à des conclusions fausses et négatives dirigées contre nous-mêmes ou contre les autres. Puisque ces conclusions forment nos croyances et puisque nos croyances fondent nos comportements, les conséquences néfastes des distorsions ou dissonances cognitives se ramifient jusque dans les moindres recoins de notre existence.

Les distorsions ou dissonances cognitives sont faciles à commettre. Elles se manifestent habituellement lorsque nos sont sollicitées, pervertissant notre interprétation pour donner un visage faux et désagréable à nos conclusions. Ce type d’erreur commande des comportements extrêmes et impulsifs, bref, le genre de comportements que nous risquons fort de regretter. Notre malheur découle donc très souvent de cette manière erronée d’interpréter les événements.

Par exemple, les distorsions ou dissonances nous font parfois conclure que nous sommes justifiés d’être désagréables avec les autres. Elles nous font aussi croire que nous sommes condamnés au malheur. À cause d’elles, nous espérons que les choses changeront d’elles-mêmes sans avoir à faire quoi que ce soit. Il est pourtant trompeur d’attendre rétribution pour des souffrances qui, bien souvent, proviennent de notre manière de concevoir la vie.

Cet article vise à vous aider à mieux identifier vos distorsions ou dissonances cognitives lorsqu’elles vous rendent malheureux, pour vous aider ensuite à les maîtriser grâce à la remise en question.

distorsion cognitive (infographie) : tout comprendre en 15 points

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Les écueils de la disponibilité des informations

L’une des limites du raisonnement provient du fonctionnement de notre mémoire. Plus souvent les mêmes informations sont répétées, plus elles deviennent accessibles. Pour cette raison, lorsque nous interprétons, nous ignorons souvent de nombreuses informations parfois très pertinentes simplement parce qu’elles n’ont pas été suffisamment répétées. Ainsi, lorsque la même situation se reproduit ou lorsque les gens nous répètent souvent la même chose, ces informations deviennent disponibles et nous croyons qu’elles décrivent bien la réalité. Mais cette conclusion n’est pas toujours fiable!

Par exemple, si un ami vient vous voir et vous dit qu’il projette de se suicider, vous tenterez d’évaluer la situation. Vous chercherez en mémoire les souvenirs relatifs au même genre de situation pour estimer les possibilités qu’il passe à l’action. Si vous n’en trouvez pas, vous sous-évaluerez les risques qu’il passe à l’action et vous ne lui fournirez peut-être pas le soutien nécessaire.

Chercher à confirmer seulement nos hypothèses

Rappelez-vous une occasion récente où vous avez essayé d’expliquer quelque chose. Vous aviez probablement déjà une petite idée de la réponse ou, au moins, quelques pistes pour trouver une explication. C’est comme cela que nous cherchons à confirmer nos hypothèses.

Les hypothèses dirigent notre recherche d’informations et nous essayons de les confirmer. Nous dirigeons ainsi notre attention parce que certaines informations sont plus disponibles en mémoire mais aussi parce que notre capacité d’en stocker beaucoup à court terme reste limitée.

Il est donc plus facile de chercher ce qui prouve nos croyances plutôt que de trouver tout ce qui les réfute. Cette manière de raisonner est utile mais elle ne nous fournit par toujours des conclusions valides.

Par exemple, si mon hypothèse consiste à croire que j’échouerai tous mes projets, je chercherai des souvenirs qui prouvent que je suis un incapable et j’anticiperai sans cesse de nouvelles difficultés. À la place, de façon plus positive, je pourrais me souvenir des succès qui me prouvent tout le contraire!

L’effet de faux consensus

Nous avons naturellement tendance à nous entourer de personnes avec qui nous partageons plusieurs traits personnels. Ainsi, des valeurs et des croyances proches des nôtres sont quotidiennement répétées. Pour cette raison, nous finissons par croire qu’une grande partie de la population partage nos valeurs et nos opinions. Ce phénomène se nomme l’effet de faux consensus. Mais ce n’est pas parce que nos proches partagent nos conceptions du monde que celles-ci sont meilleures ou sont plus répandues.

Encore une fois, nous jugeons à partir des informations plus disponibles parce qu’elles sont souvent répétées. Elles ne se limitent pourtant qu’à un échantillon réduit de la population.

Les pensées automatiques négatives

Les pensées automatiques négatives sont elles aussi reliées à la répétition et à la disponibilité en mémoire. Ce sont des conclusions erronées que nous avons répétées jusqu’à ce qu’elles s’imposent spontanément à notre esprit.

Les psychothérapeutes cognitifs nomment ces pensées «cognitions» et elles sont associées à la dépression. Elles prennent la forme d’affirmations négatives qui s’abattent sur nous à tout moment : «Je ne suis bon à rien! Personne ne m’aime!»

Le psychologue Daniel Wegner a beaucoup étudié le fonctionnement de ces pensées indésirables. Ce dernier a constaté que, paradoxalement, non seulement il est difficile de supprimer une pensée importune, mais cette suppression augmente plutôt les risques que la pensée revienne nous hanter! Plus nous nous concentrons sur ce à quoi nous ne voulons pas penser, plus nous l’imprimons profondément en mémoire!

La prédiction qui se réalise d’elle-même

Il s’agit d’une croyance qui finit par se confirmer tellement nous y croyons fermement et tellement nous y portons attention. Par exemple, Marc est convaincu qu’il ne réussira jamais à obtenir l’emploi de ses rêves. À cause de cette conviction, il manque d’initiative et de motivation.

Lors d’une entrevue, son anxiété est telle qu’il bafouille et n’obtient pas l’emploi. Plus tard, lorsqu’il repense à son échec, il se dit qu’il savait bien que les choses se dérouleraient ainsi. Mais est-ce bien le cas? L’échec de Marc a été grandement influencé par sa conviction profonde en son inaptitude.

Nos prédictions se réalisent souvent parce que nous y croyons. Nos convictions influencent beaucoup notre comportement. Lorsque nous nous attendons à ce que quelque chose arrive, nous dirigeons naturellement notre attention sur ce qui confirmera nos attentes.

Cette attitude est évidemment très utile lorsque nos convictions sont positives. Mais des prédictions négatives ne gagnent guère à se réaliser! Il sera plus constructif de chercher de nouvelles informations pour obtenir une vision plus complète de la réalité.

Les stéréotypes, les préjugés et les présuppositions

Les stéréotypes sont des affirmations qui ont été tellement répétées que nous les avons généralisées. Elles sont très disponibles en mémoire et nous permettent de reconnaître rapidement les objets, les gens et les situations pour y réagir promptement.

Le seul problème, c’est que les stéréotypes ne sont pas toujours valides. Véritable simplification de la réalité, ils généralisent superficiellement des informations beaucoup plus complexe. C’est pourquoi nous pouvons appeler préjugés les stéréotypes qui ne sont pas valides.

Par exemple, un préjugé consisterait à croire que les Mexicains sont paresseux parce que nous leur associerions le stéréotype de la sieste sous un immense sombrero. Tout comme les préjugés, les présuppositions que nous formulons sur notre avenir ou sur ce que les autres pensent de nous ne correspondent pas à la réalité.

En fait, elles ne se fondent sur aucune information! Lorsque nos présuppositions sont négatives, elles nous rendent malheureux et risquent de nous faire mal réagir : être agressif parce que nous présupposons que nous serons rejetés, par exemple.

Pourtant, nous ne savons pas s’il s’agit bien de la vérité! Puisque les préjugés et les présuppositions proviennent d’informations insuffisantes et que nous les remettons rarement en question, elles risquent d’entretenir des croyances fausses, parfois aussi redoutables que le racisme.

Les fausses justifications

Les fausses justifications s’expriment à travers n’importe quelle distorsion ou dissonance cognitive pour appuyer nos actions, nos valeurs ou nos croyances. Elle devient problématique lorsque nous l’utilisons pour légitimer ou banaliser un comportement malsain.

La fausse justification s’observe facilement chez les personnes qui pourraient améliorer leur vie mais qui ne font rien. Pour éviter l’effort de changer, elles invoquent toutes sortes de raisons : «Je suis trop âgé» (faux ami) ; «Je ne réussirai pas» (informations insuffisantes) ; ou «J’ai toujours fait de cette manière» (généralisation). Ces justifications servent à les convaincre elles-mêmes ainsi que les autres.

Nous utilisons aussi cette distorsion pour avoir faussement raison devant les autres. Il s’agit d’un mensonge envers nous-mêmes qui ne prouve en rien notre avantage puisque ce n’est pas la vérité qui prévaut mais l’orgueil et la vraisemblance.

L’erreur se situe dans la manière douteuse de soutenir nos actions, surtout quand elle est mal intentionnée. Notons que les manipulateurs ont souvent recours à de telles erreurs, car elles les aident à «avoir raison» pour mieux influencer les autres.

Voici quelques exemples de la forme que prennent ces justifications.

Justifier à l’aide de fausses relations entre les causes et les effets

Les erreurs de relations entre les causes et les effets sont nombreuses et variées. Nous avons une tendance naturelle à interpréter les événements en les regroupant par catégories ou par séquences et à croire à leurs relations entre eux même lorsque cette relation est purement illusoire.

Ce type de distorsion ou dissonance cognitive consiste à associer deux ou plusieurs phénomènes en tenant pour acquis que l’un est la cause et l’autre l’effet. Notre capacité à établir des relations de cause à effet est tellement forte que nous prêtons même des intentions à des objets inanimés!

Cependant, nous n’avons souvent pas de raisons suffisantes pour justifier nos relations causales. Pire, cette distorsion est un moyen rapide auquel nous recourons souvent pour justifier des croyances ou des comportements fâcheux.

La fausse association relève surtout de l’analogie, c’est-à-dire de notre capacité de transférer facilement nos connaissances à des situations nouvelles ou de nous servir d’explications déjà connues pour résoudre des problèmes. Par exemple, un parent qui voit son enfant s’énerver et qui en a déjà conclu que l’enfant voulait attirer son attention s’en tiendra à cette explication et ne se préoccupera pas d’autres raisons possibles.

Cette manière d’expliquer devient problématique lorsque nous nous obstinons sans succès à appliquer nos anciennes connaissances à de nouveaux événements ou à de nouveaux problèmes. Au lieu de remettre en cause notre façon de résoudre le problème ou d’essayer de comprendre autrement la situation, nous nous acharnons à transférer des connaissances inappropriées qui ne mènent pas au résultat escompté.

Nous devons alors nous demander si notre analogie est suffisante pour justifier notre conclusion. À cette occasion, deux choix s’offrent à nous : soit nous nous satisfaisons de la source d’informations et de notre manière d’expliquer; soit nous considérons que nos informations sont insuffisantes et nous nous abstenons de tirer des conclusions.

Nous devons être très courageux pour nous abstenir de conclure. En effet, la tendance de l’être humain à expliquer tout ce qu’il ne comprend pas, même lorsque ses explications sont complètement fausses, rend angoissant ce choix qui nous plonge dans l’incertitude. Nous abstenir de conclure lorsque nous n’en avons pas les moyens nous donne au moins le mérite de valoriser la validité et de ne pas commettre de douloureuses erreurs.

Car la volonté de fonder nos croyances sur des informations plus valides favorise notre bien-être. Par exemple, après avoir subi un échec dans la réalisation d’un objectif, si nous croyons que c’est notre incapacité qui nous a mené tout droit à l’échec, nous nous déprécierons et nous nous rendrons malheureux. Pourtant, nous pouvons toujours trouver des raisons plus constructives ou nous abstenir simplement de conclure.

Causes et effets

Voyons de plus près notre propension à expliquer les choses dans leur rapport de succession : une cause engendre un effet, un effet découle d’une cause. D’abord, nous pouvons attribuer de fausses causes à un événement. Dans ce cas, le problème surgit lorsque nos conclusions sont négatives et erronées. Par exemple, après avoir été refusée à l’entrevue pour le poste qu’elle convoitait, Julie conclut qu’elle n’a aucune compétence (cause) et que c’est ce qui l’a empêchée d’être engagée (effet).

Mais Julie manque d’informations. Elle gagnerait davantage à examiner d’autres causes possibles comme les qualifications requises, le nombre de candidats, le favoritisme de l’employeur pour certains d’entre eux, etc.

À l’inverse, nous pouvons voir un événement non pas comme l’effet d’une cause passée, mais comme la cause qui produira un effet futur. Dans ce cas, les problèmes apparaîtront lorsque nos pronostics annonceront des catastrophes. Par exemple, Guillaume a de la difficulté (cause) dans quelques cours. Il se peut qu’il utilise cette situation pour conclure que son avenir sera tissé d’échecs scolaires (l’effet futur, évidemment faux).

Ces conclusions fondées sur une simplification des causes et des effets pervertissent sa manière de prévoir les événements et de faire des choix pour son avenir. Pour toutes ces raisons, nous devons être prudents lorsque nous expliquons les événements.

Se libérer de son agressivité

La violence est la force des faibles.
Isaac Asimov

Pour arriver à ses fins, l’être humain a toujours mis à contribution les nombreux moyens dont il disposait. Un de ces moyens, hélas trop populaire, est l’agression sous toutes ses formes, et plus particulièrement celle qui passe par les mots.

Les attaques verbales visent toujours à avantager celui ou celle qui y recourt. Dès que nos émotions sont en cause, nous risquons fort d’utiliser l’agression malgré nous. Lorsque la poussière retombe après un conflit, nous nous surprenons souvent d’être allés si loin.

Un type d’agression passe par la caricature de la personne avec qui l’on parle. Elle consiste à modifier certains traits personnels de l’interlocuteur pour mieux l’attaquer dans son intégralité. Par exemple : «les gens qui utilisent comme vous de tels arguments (trait personnel) sont habituellement des simples d’esprit (attaque généralisée à toute la personne)». Pourtant, il n’est aucunement question du sujet du débat!

Il est également possible de rejeter l’opinion de notre interlocuteur en soulignant qu’il est mal placé pour la soutenir, par exemple. Même s’il fume comme vous, un fumeur qui vous conseille de quitter cette habitude aura néanmoins raison! L’erreur consisterait à dire que ce conseil ne vaut rien parce que la personne qui l’affirme ne le suit pas elle-même.

Les enfants procèdent de la même manière lorsqu’ils disent que c’est l’autre qui a commencé la dispute. Il faut néanmoins être deux pour se quereller.

À l’échelle du comportement humain, les attaques personnelles sont nombreuses et variées. Malheureusement, nous ne les remarquons pas toujours lorsque nous en sommes victimes et nous les faisons souvent subir aux autres sans nous en rendre compte.

Colère

Colère

L’appui sur l’autorité

Selon le même principe que l’appel à la popularité, l’appui sur l’autorité consiste à croire absolument vraies les affirmations des personnes qui bénéficient d’une certaine réputation ou de compétences particulières.

L’utilisation des porte-parole par les publicitaires en est une bonne illustration. Parce que nous apprécions la personnalité et le travail du porte-parole (habituellement un artiste connu), nous lui faisons confiance et nous nous procurons le produit dont il vante les mérites. Pourtant, objectivement, son opinion n’a pas plus de valeur que celle d’un parfait inconnu.

Les gourous et charlatans de tous acabits utilisent également ce stratagème en tapissant de «Certificats d’Excellence de l’École du Haut Savoir» les murs de leur cabinet. Les diplômes que décernent ces écoles ne sont souvent régis par aucun cadre législatif ni scientifique. Ils donnent seulement au charlatan la crédibilité nécessaire pour arnaquer plus facilement les gens qui basent leur confiance sur ce genre d’autorité.

Finalement, on recourt à cet appui fallacieux sur l’autorité chaque fois que l’on dit : «J’ai étudié là-dedans», «Je connais ça depuis longtemps» ou «Je travaille dans le milieu depuis vingt ans» pour soutenir nos arguments.

Même si nous sommes compétents dans plusieurs domaines, cet argument ne sert qu’à «prouver» notre supériorité face à notre interlocuteur et non à établir la véracité de notre propos.

L’appui sur la popularité et les rumeurs

Il est facile de constater à quel point nous justifions souvent nos croyances par le fait qu’elles sont partagées par le plus grand nombre. Cette erreur consiste à croire valide une information parce que beaucoup d’autres la croient également vraie. Les Allemands étaient pourtant nombreux à suivre Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale. Or, peu d’entre nous portent attention à cet écueil. Il n’est donc pas surprenant de constater à quel point les fausses croyances se figent aisément dans une population.

Par exemple, lors d’un débat public pendant la période électorale, une seule erreur de la part d’un chef politique fera diminuer significativement sa cote de popularité. Nous consultons ensuite les sondages dans les journaux et alignons notre avis sur le plus grand nombre : si tant de personnes ne lui font plus confiance, ce doit être vrai.

Une bévue ne décrit ni l’intégrité générale d’une personne ni l’ensemble des objectifs et des compétences d’un éventuel gouvernement. Une partie de la population se base pourtant sur des critères aussi pauvres que celui-là pour choisir. Ce mode d’évaluation est fondé sur des distorsions ou dissonances cognitives comme la généralisation et la simplification.

Avec l’appui sur la popularité, nous n’évaluons pas la validité des informations ; nous concluons plutôt à partir du nombre de personnes qui croient la même chose. Les rumeurs se transmettent d’ailleurs de la même manière. Il s’agit qu’une fausse information soit répétée assez souvent pour qu’elle devienne «véridique» et se répande au sein de larges communautés.

Le faux dilemme

Cette justification fallacieuse s’exprime souvent contre les autres. Elle consiste à présenter deux possibilités absolument incompatibles comme étant les seules possibles pour expliquer ce dont il est question.

Puisque l’une de ces deux avenues est présentée de manière indésirable, nous sommes naturellement portés à choisir l’autre. Mais ce choix ne vaut rien! En réalité, il existe de nombreuses autres possibilités pour parler de la situation!

Le choix que l’autre essaie de nous dicter correspond évidemment à ses arguments. Le piège consiste à croire que nous devons choisir entre ces deux seules possibilités. Il y a un exemple classique de ce procédé qui s’énonce ainsi : celui qui n’est pas avec moi est contre moi! Nous ne sommes pourtant pas limités à ces deux seules possibilités. De plus, nous avons le droit, par exemple, de ne pas prendre position.

La généralisation

Chaque jour, nous apprenons. Puisque notre expérience du monde reste fondamentalement limitée, nous ne pouvons constamment vérifier si ce que nous avons appris est toujours vrai. C’est à ce moment que nous généralisons : le feu brûle toujours, le soleil se lèvera chaque jour sur l’horizon.

Mais que se passe-t-il lorsque les phénomènes sont beaucoup plus complexes? Le potentiel d’erreur augmente. Or, la généralisation devient d’autant plus néfaste et facile à commettre qu’elle provient de notre façon naturelle de raisonner. Elle passe inaperçue la plupart du temps.

La généralisation devient une distorsion ou dissonance cognitive lorsque nous concluons trop vite ou que nous poussons trop loin une conclusion. Elle se manifeste lorsque, constatant qu’un ou quelques cas particuliers ont une certaine ressemblance entre eux, nous en déduisons que tous les autres cas semblables sont identiques, se déroulent de la même façon ou mènent aux mêmes conséquences.

Cette distorsion ou dissonance cognitive est due à des lacunes dans les axes du traitement de l’information. Premièrement, l’échantillon d’informations n’est pas suffisamment étendu pour que l’on soit en mesure de généraliser.

Deuxièmement, ces informations ne sont pas non plus assez représentatives pour nous permettre d’en tirer une conclusion générale. Par exemple, si une personne vient de vivre une mauvaise expérience amoureuse et que ce genre de malchance lui est déjà arrivé plusieurs fois, elle croira davantage, à tort, que la prochaine expérience sera désastreuse.

La généralisation la conduira à ce genre de conclusion : «tous les membres du sexe opposé sont immatures», ou encore «nous savons bien que, vous, les hommes (ou les femmes), vous êtes toujours…».

La généralisation nous enferme dans les deux issues extrêmes du tout ou rien, qui nous privent de la richesse de la réflexion et de tous les niveaux intermédiaires de compréhension. La généralisation nous nuit spécialement lorsqu’elle nous incite à exagérer quelques éléments négatifs.

Par exemple, le fait d’être rejeté par quelqu’un risque de nous pousser à généraliser l’incident, c’est-à-dire à croire que d’autres personnes nous rejetteront aussi. De la même manière, quelques échecs généralisés peuvent nous donner la fausse certitude de ne pouvoir réaliser rien de bon dans la vie.

Et comme si ce n’était pas assez, la généralisation nous fait minimiser les aspects positifs de la vie. Elle nous amène, par exemple, à banaliser nos réalisations ou à refuser de les apprécier à leur juste valeur en nous faisant croire que tout le monde aurait pu faire la même chose. Nous ne devrions raisonnablement pas nous fier à des conclusions aussi excessives, mais c’est ce que nous faisons très souvent, sans même nous en apercevoir.

Les analogies généralisées

Il nous arrive parfois de généraliser une comparaison en étant convaincu d’exprimer notre état réel. Par exemple, une personne anxieuse qui décrit son état avec excès, «Je me sens tellement anxieuse que j’ai peur de mourir», finira par tenir cette image pour véridique.

Elle généralisera ainsi la comparaison entre son et sa peur d’une mort imminente et arrivera à y croire. Je préfère ne pas imaginer les sommets d’anxiété qu’elle atteindra alors!

De nombreuses autres analogies peuvent être généralisées de la sorte. Rappelez-vous, donc, qu’il ne faut pas confondre :

  • Une émotion avec la réalité. Par exemple, croire que notre colère est la seule réaction possible à une situation.
  • Une impression avec la réalité. À travers nos émotions, nous concevons de nombreuses impressions relatives à des personnes ou des événements. Nous considérons souvent une impression vague comme un indice auquel nous pouvons nous fier sans crainte. Or, nos impressions ne correspondent pas toujours à la réalité…
  • Une croyance avec la réalité. Nous considérons souvent seulement notre point de vue pour raisonner, comme si nos croyances étaient absolument vraies et les seules qui soient plausibles… Nous oublions que chaque personne a aussi son point de vue qui ne correspond par nécessairement à notre de la réalité.
  • Une habitude avec la réalité. Nous développons souvent des habitudes pour réagir à certaines situations. Mais ce n’est pas parce que nous avons toujours fait de la même manière que seule cette méthode existe…
  • Une faible probabilité avec une certitude. Nous généralisons parfois une simple possibilité, somme toute assez faible (mourir d’un accident de voiture, par exemple) et finissons par la confondre avec une certitude : «Je vais mourir d’un accident de voiture!»

Si la généralisation nous est très utile, elle peut aussi créer de nombreux problèmes. N’oubliez pas qu’il s’agit d’une simplification et qu’elle implique un réel potentiel d’erreur. Pour éviter ces problèmes, il vous sera profitable de ne jamais croire que vos généralisations sont complètement vraies et de rester prudents lorsque vous basez nos croyances et vos comportements sur ce type de conclusions.

Les réactions de contournement

À de trop nombreuses occasions, des événements désagréables nous marquent sans nous laisser la distance nécessaire pour les comprendre. Suite à ces événements, nous développons parfois des réactions de contournement.

Ces manières de réagir s’installent progressivement en nous pour éviter que les événements traumatisants se reproduisent. Ces réactions sont souvent empreintes d’émotions vives et c’est la raison pour laquelle elles sont rarement conscientes.

Même si les réactions de contournement visent à nous protéger des situations désagréables, elles règlent rarement nos problèmes parce qu’elles ne nous permettent pas de comprendre leurs causes ni leurs conséquences. Ces réactions presque automatiques et souvent impulsives nous causent souvent de nouveaux problèmes.

Par exemple, Robert a subi des sévices corporels pendant son enfance et il a développé des réactions agressives dans le but de se protéger. Plus tard, alors qu’il n’a plus rien à craindre, il vit de nouveaux problèmes car il fait subir aux autres son agressivité. Pourtant, Robert ne sait probablement pas pourquoi il a pris l’habitude d’agir de la sorte. Avec le temps, sa réaction de contournement est devenue normale! Il mesure ainsi très mal les conséquences que son agressivité a sur sa femme et ses enfants.

Un moyen de se libérer de ces réactions inappropriées consiste à reconnaître leur existence et surtout leurs conséquences néfastes. Nous devons d’abord tenter de les identifier lorsqu’elles se manifestent. Ensuite, nous pouvons utiliser la remise en question pour faire diminuer leur fréquence en apprenant à réagir de façon plus constructive.

La sélection d’informations pour nous rendre malheureux

Cette distorsion ou dissonance cognitive est très importante. Elle consiste à choisir certaines informations plutôt que d’autres pour confirmer nos croyances. L’erreur provient de lacunes dans les deux premiers axes du traitement de l’information que j’ai présentés dans les pages précédentes : la quantité d’informations et leur pertinence.

Si nous ne choisissons que quelques informations pour expliquer une situation complète, il nous manquera d’informations! Et parce que les informations que nous sélectionnons restent limitées, elles ne sont pas suffisamment pertinentes pour fournir une conclusion valide. Au niveau personnel, cette distorsion ou dissonance est nuisible lorsque nous nous concentrons sur de petits détails futiles à notre sujet.

Prenons l’exemple de Sylvie, qui redoute l’anxiété. Pour cette raison, elle se concentre sur le moindre signe corporel qui trahit un tel état. De ce fait, son anxiété provient la plupart du temps de cette attention inutile qu’elle porte à ces détails. Ce sont ses appréhensions qui occasionnent son stress; plus elle veut éviter l’anxiété, plus elle devient anxieuse…

La sélection d’informations positives

Vous serez peut-être surpris d’apprendre que le fait de vous concentrer sur des informations positives peut vous rendre malheureux? C’est pourtant le cas de l’idéalisation. La raison est simple.

Lorsque nous sélectionnons les informations qui sont associées à des idéaux ou des espoirs irréalistes, nous les utilisons souvent pour dévaluer notre quotidien, bien réel celui-là. Les résultats négatifs sont nombreux : envie, aigreur, rancœur, jalousie et insatisfaction.

La sélection d’informations négatives

Cette erreur consiste à nous concentrer systématiquement sur les informations négatives qui proviennent autant des événements présents que de nos souvenirs. Quel meilleur moyen d’être malheureux que de voir seulement ce qui nous fait défaut? Le fatalisme nous fait croire que nous sommes condamnés au pire tandis que le ressentiment déterre soigneusement nos souvenirs les plus désagréables. Parfois, nous amplifions même ces souvenirs pour mieux revivre leur lot d’émotions éprouvantes.

Vous apprécierez lire la suite avec cet article : Distorsion ou dissonance cognitive : 6 conséquences à éviter

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Autres ressources

https://fr.wikipedia.org/wiki/Dissonance_cognitive

https://fr.wikipedia.org/wiki/Leon_Festinger

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Author: Nicolas Sarrasin

Nicolas Sarrasin est l’auteur de plusieurs livres de psychologie et de développement personnel dont il offre maintenant l’ensemble du contenu gratuitement sur son site. Obtenez son ebook (pdf de 60 pages) et son programme « Objectif Développement », tous deux gratuits, à partir de cette page: www.nicolassarrasin.com/ressources.

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